Visitez aussi ces excellents blogues :

Le Climatoblogue ; Nous sommes la cause des changements climatiques, soyons-en la solution.

Docu Climat, voir pour mieux agir ; documentaires en streaming, articles et resources sur l'écologie et le réchauffement climatique,

samedi 20 mai 2017

On renonce à contrer le réchauffement climatique ?

English translation below

Les États-Unis et le Canada s’entendent pour l’exploitation accrue du gaz de schiste en construisant trois pipelines à travers le continent nord-américain. Des forages pétroliers sont déjà autorisés dans les territoires du grand nord canadien et les Russes en prévoient autant du côté sibérien de l’Arctique.  
Les commandes d’avions n'ont jamais été aussi élevées dans le monde. L’extension de l’aéroport de Londres Heathrow ainsi que des solutions alternatives à la construction du second aéroport de Nantes sont prévus. On a un urgent besoin d’aéronefs fonctionnants sans kérosène comme des ballons dirigeables et des avions solaires. La mobilité plus lente qu’implique ces solutions fait qu’elles restent dans les cartons à l'état de concepts.

Tout ceci est en contradiction avec l’accord de Paris pris en décembre 2015 à la COP21, qui avait pour objectif de contenir le réchauffement climatique entre 1,5°C et 2,0°C.

Au GIEC, les experts du changement climatique disent qu'ils veulent rester dans ces limites. Mais devant cette impossibilité constatée par le monde académique et scientifique, ils suggèrent implicitement le recours à la géo-ingénierie, c'est-à-dire par gestion du rayonnement solaire (Solar Radiation Management ou SRM) et par extraction et stockage du CO2 de l’atmosphère (CCS), pour rentrer dans les clous.

De façon incompréhensible, le GIEC s'appuie encore toujours sur des modèles mathématiques qui ne tiennent pas compte de la quelque soixantaine de boucles de rétroactions positives identifiées par les experts. Ces boucles amplificatrices ont comme propriétés d'accélérer le réchauffement climatique et de le prolonger. Un réchauffement moyen de 3°C-4°C communément admis par la plupart des experts, pourrait selon d'autres, à cause de ces boucles amplificatrices, se prolonger au-delà de toute capacité de survie de l'humanité sur Terre jusqu'à 8°C-9°C ou plus pour les experts les plus en flèche. À l'époque, seulement une vingtaine de ces boucles avaient été identifiées mais le GIEC en a quand même ignoré quelques unes. Dans ses rapports, le GIEC ne parle pas de ce qu'il ne sait pas calculer ; c'est pour cette raison par exemple qu'il mentionne seulement 1 mètre d'élévation du niveau des océans pour 2100, mais la réalité sera bien pire, de 5 à 9 mètres selon James Hansen et fort probablement plus.

Ces prises de position du GIEC marque non seulement de la complaisance, mais représente carrément un feu vert pour les compagnies extractivistes d'énergies fossiles et de ressources non renouvelables de pouvoir développer sans contrainte leurs activités polluantes en gaz à effet de serre (GES) et destructrices de l'environnement.

Dans un récent interview[1] accordé à Climate News Network, Kevin Anderson, professeur d'énergie et de changements climatiques à l'Université de Manchester, soutient qu'il y a 95 % de chances que l'action contre le changement climatique ne soit pas assez robuste pour confiner la croissance du réchauffement de la Terre en dessous de l'objectif de 1,5°C-2°C.

Anderson croit que les politiciens ne prendront pas assez de mesures pour lutter contre les changements climatiques, en partie parce que la menace du réchauffement climatique est souvent sous-estimée par de nombreux experts. Il explique que si nous ne sommes pas prêts à faire face aux défis que nous avons devant nous, les réponses que nous proposerons ne seront pas appropriées. Il pense qu'il y a un risque de 95% d'échouer. 



En replaçant cette discussion dans une échelle de temps plus large, on doit se rappeler que le rapport Meadows[2] avait pour ambition de réduire la croissance à une vie prospère et soutenable sur la planète. C'est dans une perspective de transition douce que quelques scénaris avaient été proposés en 1972, puis dans les mises à jour de 1992 et 2004. 

Par la suite, d'autres mises à jour n’ont pas été proposées car il n’y avait plus de possibilité de transition douce. Cette évidence aux yeux de Dennis Meadows n’est pas passée du côté des politiciens avec toutes les grandes conséquences qu’elle recelait de devoir contrer le réchauffement climatique de manière beaucoup plus brutale. 

Les compagnies pétrolières avaient déposés des mines depuis des années sous les arguments en faveur d’une action climatique urgente. Mais les politiciens ne sont pas seuls coupables. La communauté académique, la communauté scientifique, les journalistes et les ONG le sont aussi, chacun dans une attitude attentiste de ce que vont faire les autres. 

Kevin Anderson pense qu'il reste une petite chance de 5% de réussite possible. Paul Jorion, anthropologue et sociologue, estime que le genre humain n’est pas équipé mentalement[3] pour faire face à ce défi qui maintenant le dépasse.

__________________


Au cours de la réunion éditoriale préparatoire à la publication de cet article, j'ai trouvé utile de garder ces commentaires de Jack du Climatoblogue :

Les gouvernements de ce monde versent 10 millions de $ à la minute en subvention à l'industrie des combustibles fossiles. Par année, ça fait 5,3 billion (53 000 000 000 000 $) par année. Aux dernières élections Américaine, c'est, à toute évidence, l'industrie des combustibles fossiles qui a gagné.

Quand ça fait presque 5 ans qu'on écoute et lis presque tout ce qui a trait au réchauffement climatique ; quand on sait que rien n'a été fait entre la 1ere COP de 1992 à celle de Paris en 2016, on se demande vraiment ce qui bloque la machine. Qui mets des bâtons dans les roues? Et la COP 21 est de loin insuffisante, elle nous garantit au minimum 3°C à 4°C de réchauffement, ce qui serait cataclysmique. Quand on voit les prévisions du GIEC basées sur des technologies dont on ne connaît rien, et encore moins la certitude que ça fonctionnera, on pense qu'il doit forcément y avoir anguille sous roche ; la survie de l'espèce humaine semble basée sur des chimères...

Quand on voit tout ça, on a envie de croire à une petite théorie conspirationniste... Le GIEC et les COP semblent avoir pour but d'estimer combien de combustible fossiles on peut encore brûler et pas de limiter le réchauffement climatique à un niveau sécuritaire.

___________________








GIVING UP ON CLIMATE CHANGE ?

The United States and Canada agree on the increased use of shale gas by constructing three pipelines across the North American continent. Petroleum drilling is already authorized in the territories of the great north Canadian and the Russians foresee as much on the Siberian side of the Arctic.
Aircraft orders have never been higher in the world. The extension of the London Heathrow airport as well as alternative solutions to the construction of the second airport of Nantes, France are planned. There is an urgent need for aircraft powered without kerosene such as dirigible balloons and solar planes. The slower mobility implied by these solutions means that they remain in cartons as concepts.

All this is in contradiction with the Paris agreement reached in December 2015 at COP21, which aimed to contain global warming between 1.5°C and 2.0°C.

At the IPCC, climate change experts say they want to stay within these limits. But in view of the impossibility stated de by the academic and scientific world, they implicitly suggest the use of geoengineering, which is either by solar radiation management (SRM) or by extraction and storage of CO2 from Atmosphere (CCS), to get into the nails.

Incomprehensibly, the IPCC still relies on mathematical models that do not take into account the some sixty loops of positive feedback identified by the experts. These amplifying loops have the properties of accelerating global warming and prolonging it. An average warming of 3°C to 4°C, commonly accepted by most experts, could, according to others, because of these amplifying loops, extend beyond any capacity of survival of humanity on Earth up to at least 8°C - 9°C or higher for the most skilled experts. At the time, only about 20 of these loops had been identified, but the IPCC still ignored a few. Because in its reports, the IPCC does not talk about what it can not calculate. It is for similar reason, for example, that it mentions only 1 meter of elevation of the ocean level for 2100, but the reality will be much worse, from 5 to 9 meters according to James Hansen and likely more.

These IPCC positions are not only a sign of complacency, but a green light for fossil fuels energy and non-renewable resources’ companies to develop their greenhouse gas (GHG) polluting industries, destructive of the environment.

In a recent interview [1] given to Climate News Network, Kevin Anderson, Professor of Energy and Climate Change at the University of Manchester, UK maintains that there is a 95% chance that actions against climate change are not robust enough to confine Earth warming below the target of 1.5°C - 2°C.

Anderson believes politicians will not take enough actions to fight climate change, partly because the threat of global warming is often underestimated by many experts. He explains that if we are not prepared to face the challenges we have before us, the answers we propose will not be appropriate. He thinks there is a 95% risk of failing.
By placing this discussion on a broader scale, it should be remembered that the Meadows report [2] had the ambition to reduce growth to a prosperous and sustainable life on the planet. It was from a gentle transition perspective that a few scenarios were proposed in 1972 and after in the 1992 and 2004 updates.

Subsequently, other updates were not proposed because there was no longer a smooth transition possibility. This evidence in the mind of Dennis Meadows did not pass to the politicians’ side with all the great consequences that it contained to have to attack the global warming in a much more brutal way.

The oil companies had deposited mines for years under the arguments in favor of urgent climate action. But politicians are not alone guilty. The academic community, the scientific community, the journalists and the NGOs are also, each one in a wait-and-see attitude of what others will do.

Kevin Anderson thinks there is still a small chance of 5% success. Paul Jorion, a Belgian anthropologist and sociologist, believes that mankind is not mentally equipped [3] to face this challenge that now surpasses it.
__________________

During the editorial meeting preparing for the publication of this article, I found it useful to keep these comments of Jack who edit Le Climatoblogue :

Governments around the world are contributing $ 10 million per minute to the fossil fuel industry. Each year, that's $ 5.3 trillion ($ 53,000,000,000,000) a year. In the last American election, it was obviously the fossil fuel industry that won.

When it has been almost five years that we listen and read almost everything related to global warming; When one knows that nothing has been done between the 1st COP of 1992 and that of Paris in 2015, one really wonders what is blocking the machine. Who put sticks in the wheels? And COP 21 is far from sufficient, it guarantees at least 3°C to 4°C of warming, which would be cataclysmic. When one sees the IPCC forecasts based on technologies whose one has now knowledge, without any certainty that it will work, it is thought that there must be an hidden plan; The survival of the human species seems based on chimeras ...

When you understand all this, you want to believe in a little conspiracy theory ... The IPCC and the COPs seem to be aimed at estimating how much fossil fuel one can still burn and not limiting global warming to a safe level .

___________________

[1] http://climatenewsnetwork.net/complacency-climate-change-action/
[2] http://energieviedurable.blogspot.lu/2012/07/les-limites-la-croissance.html
[3] http://energieviedurable.blogspot.lu/2016/03/le-dernier-qui-sen-va-eteint-la-lumiere_28.html






mardi 21 mars 2017

Le réchauffement climatique redémarre

Après un fort épisode El Niño, suivi d’une accalmie commencée à l’été 2016, le réchauffement climatique a redémarré sans explication en ce début de printemps 2017. En mars 2017, le réchauffement global a atteint 1,25°C (courbe verte), tandis que l’indicateur précurseur, le réchauffement au sol dans l’hémisphère nord marque 2,47°C (courbe bleue).

Le début 2016 avait été marqué par la fin d’un puissant phénomène El Niño qui a fortement réchauffé les océans, principalement de l’hémisphère sud, et l’atmosphère partout ailleurs. Les eaux plus chaudes de l’océan austral ont dégelé la glace sous-marine de l’Antarctique libérant des plateformes de glace qui faisaient barrage aux glaciers, accélérant ainsi leur déroute. Les eaux chaudes des Caraïbes poussées vers le nord par le Gulf Stream ont contribué à la fonte du Groenland et de l’océan Arctique. Ce dernier devrait être quasiment libre de glaces l’été prochain.

Malheureusement, le principal facteur de dégel au nord du cercle polaire demeure le réchauffement au sol en hémisphère nord caractérisé par les plus fortes émissions de gaz à effet de serre de la planète. Avec le printemps revient le soleil dans le cercle polaire Arctique. La baisse du taux d’albédo fait que l’océan Arctique se réchauffe, ce qui va accélérer la fonte des glaces, et fera baisser encore l’albédo. Cela s’appelle une boucle de rétroaction amplificatrice. Les pergélisols terrestres et marins vont continuer à relâcher du CO2 ou du méthane CH4 avec régularité, des GES[1], ce qui réchauffe la planète et contribue à réchauffer les pergélisols. Encore une boucle de rétroaction amplificatrice heureusement plus lente. Les climatologues ont répertorié plus de 60 autres boucles de rétroaction amplificatrice. Le climat est entré en territoire inconnu[2].


Graphique avec la mise à jour de mars 2017.

Ce graphique[3] est la prolongation de celui que j’avais publié en août 2016, avec la particularité que cette fois, le réchauffement est par rapport à la période préindustrielle au lieu de, précédemment par rapport au XXème siècle. Le GIEC a défini la période préindustrielle comme antérieure à 1750[4]. Dans l’accord de Paris à la COP21, les 1,5°C ou 2°C de réchauffement global se rapportent à la période préindustrielle. Ce changement facilite ainsi la lecture du graphique. Les experts estiment la différence entre les deux périodes de référence à environ 0,2°C[5].

Les politiciens sont préoccupés par leurs réélections au lieu du basculement des températures qui nous entraîne vers une nouvelle normalité beaucoup plus chaude et pour le moment incontrôlable. Des élections ont eu lieu dans l’UE en 2016 et se poursuivront en 2017. Dans cette période des élections législatives et/ou présidentielles touchent les pays suivants : Portugal, Irlande, Slovaquie, Autriche, Royaume-Uni (BREXIT), Espagne, Estonie, Lituanie, Bulgarie, Roumanie, Hongrie, Pays-Bas, France, Allemagne, République Tchèque. La situation reste instable en Italie. 16 pays sur 28 renouent des liens entre politiciens. Les élections en France et en Allemagne décideront de l’avenir de l’UE.

Toutes les crises en cours se combinent, s’amplifient et s’accélèrent : climatique, environnementale, numérique, économique, financière, sociale, culturelle, de la disparition des ressources et des espèces. Elles forment un ensemble systémique quasi impossible à contenir sans un accord beaucoup plus contraignant que celui obtenu à la COP21, faute d’avoir un pouvoir fort mondial.

En 2016 on comptait seulement 8 personnes qui possèdent la même richesse que la moitié la plus pauvre de l’humanité. Leur pouvoir de contrôle sur les médias conventionnels empêche les journalistes d’exprimer tous les tenants, aboutissants et conséquences de ces crises, parce qu’on le leur interdit ou parce qu’ils s’autocensurent. Le fait qu’ainsi une majorité de journalistes ne parlent pas de ces crises préoccupantes, les minimisent (comme la tempête Zeus), les évacuent de l’actualité, maintient les peuples dans l’ignorance de ce qui les attend à moyen ou très court terme en matière de hausses des températures et de leurs conséquences en événements de plus en plus extrêmes.

Les pouvoirs politiques et médiatiques étant défaillants, seules des associations citoyennes peuvent s’organiser pour prendre le relais, tout en se trouvant confrontées à l’hostilité des pouvoirs politiques, économiques, financiers et médiatiques. Dans l’UE, la majorité des citoyens utilise déjà les urnes depuis plus d’une décennie pour sanctionner les politiques dont l’autisme flagrant prépare une situation prérévolutionnaire, sans qu’ils veuillent l’admettre ! À moins qu’un événement climatique plus grave que d’habitude constitue un jour la goutte d’eau qui fait déborder le vase, libérant la parole qui pourra de nouveau passer normalement dans les médias.

Après cette prise de parole nouvelle, la première mission dévolue aux politiques sera l’arrêt complet des émissions de gaz à effet de serre, puis l’examen des possibilités d’extraction du CO2 de l’atmosphère, mais pour le mettre où ? Peut-être de le rejeter vers l’espace ? Les politiques ne pourront pas empêcher les gens de porter massivement plainte contre l’état pour les préjudices de son imprévoyance.

C’est l’accumulation des événements extrêmes dans des laps de temps plus courts qui provoquera des disruptions de plus en plus longues dans l’approvisionnement des produits de nécessité courante pour notre mode de vie occidental. La préoccupation d’une alimentation quotidienne va voir se dépeupler les villes au profit de la campagne où les gens peuvent  s’investir plus facilement dans la production maraîchère autonome, puis d’autres produits alimentaires.

Des groupes locaux de producteurs-consommateurs se formeront autour de l’alimentation, de l’énergie et de la mobilité. Ils assoiront l’indépendance de leurs échanges vis-à-vis de l’extérieur par l’usage de monnaies locales. De nombreux groupes locaux se sont déjà formés avec un imaginaire à la recherche de la résilience qui leur permettent d’affronter les événements extrêmes à venir. Avec un habitat résistant aux fortes intempéries, des lieux de production alimentaire protégés des inondations, des lieux de repli et de migration possibles en cas de submersion de catastrophes successives.

Maintenant que la fenêtre d’opportunités pour l’action s’est refermée, les conséquences immédiates d’arrêter ou pas les émissions de GES sont semblables sauf les conséquences à long terme. Cela jusqu’à ce que la température moyenne se soit stabilisée quelques temps après l’arrêt des émissions. Cette température moyenne sera beaucoup plus élevée qu’on ne le pense et il n’est pas sûr que ce soit compatible avec la vie humaine, sauf peut-être à certains endroits où il faudra migrer. En cas de migration, la sécurisation des centrales nucléaires jusqu’à leur démantèlement peut difficilement être assuré.





[1] Gaz à effet de serre.
[3] NOAA, National Centers for Environmental Information, State of the Climate: Global Analysis for 2012-2017, published online and retrieved between August 22, 2016 and February 21, 2017 from http://www.ncdc.noaa.gov/sotc/global/20yymm (yy=année, mm=mois)
[4] Voir dans le glossaire du GIEC la définition de « Industrial revolution »
[5] Voir dans le site du GIEC « IPCC - Climate Change 2001: Synthesis Report ; WG1 Summary ; page 29 », le graphique Figure 5 nous montre qu’en 1750 on était à environ 0,2°C en dessous de la période de référence 1961-1990 qui est sensiblement la même que celle du xxème siècle. Les experts consultés sont Michael E. Mann Pennsylvania State University et David Spratt « As 2015 smashes temperature records, it’s hotter than you think », 4ème graphique.

jeudi 9 mars 2017

How everything will collapse

A small collapse manual in French for present descent
Pablo Servigne and Raphaël Stevens

By Michel-Pierre Colin.

The authors had chosen this title for their book, but the publisher changed this "will" to "may" for commercial reasons (in French : Comment tout peut s'effondrer). That is why it is necessary to restore the certainty that exists in the mind of Pablo Servigne and his co-author of the very close collapse (the present descent) of the world as we know it, including that of mankind on the planet Earth.

In conversations we hear more and more often expressions like: "we go straight into the wall", "animals are in the full extinction of species", or "why do they still make kids by the current times". The media is talking about disaster for crashing airplanes, trains that are derailed, but do not talk about disasters that last, those that do not keep pace with current events, such as environmental, economic, energy, climate, which have passed points of no return. All these crises are interconnected and feed on each other.

This book brings us an immense array of evidence, with more than 400 references, which suggest that we are facing increasingly systemic instabilities. They threaten some people, even humans as a whole, to maintain themselves in a viable habitat. This is a collapse for which the authors take up Yves Cochet's definition: "collapse is the process at which basic needs (water, food, housing, clothing, energy, etc.) Are no longer provided [at a reasonable cost] to a majority of the population through law-controlled services ".

The authors use the metaphor of the car to explain the notions of impassable limits and transgressible boundaries. The availability of fuel is an impassable limit that I have already spoken of in " Limits to the extraction of oil and other minerals " (French article).
In short, we pay our energies by creating debt that is taken over by our central banks (in Europe at the rate of 80 billion euros per month). Now that the cost of these resources becomes too high, the debt-based system hardly works anymore. The most urgent for the future is how long our energy-finance system may still work. We live the last sputters of the engine of our car that represents our industrial civilization before its extinction.

The borders that can be crossed for our car are road exits that lead us to tipping thresholds beyond which it is no longer possible to go back as global warming which causes extreme events like storms, hurricanes, floods, drought , water shortages, longer and more intense heat waves. There are already impacts such as the melting of ice at the poles and glaciers, changes in the circulation of ocean currents, water shortages, the spread of contagious diseases, the proliferation of ruiners and pests, the extinction of many species, destruction of ecosystems, decline in agricultural yields, economic losses, social disorders and political instability.

"The latest IPCC report indicates the possibility of food systems breakdown that will increase the risk of civil wars and intergroup violence. But the problem with this report is that it does not take into account the amplifying effects of many climate feedback loops, such as the release of large quantities of methane due to thawing permafrost. However, these loops are capable of triggering at + 3 ° C or + 4 ° C. Beyond that, it is very difficult to describe precisely what might happen. Nevertheless, the scenarios of the experts are generally unanimous and turn very quickly to the catastrophe "(page 73).

"For palaeontologists, to speak of "sixth mass extinction ", more than 75% of the planet's species will have to disappear. (Note. 58% was announced). However the society does not yet recognize the decline of biodiversity as a major factor of global change, as do other crises that mobilize the international community, such as global warming, pollution, the hole in the ozone layer or the acidification of the oceans " (page 81).

Many global boundaries have been transgressed: climate change, biodiversity, land-use change (forest decline), major biogeochemical cycles of nitrogen and phosphorus. These four areas are boundaries that have been irreversibly disrupted.

The collapse is now closer. There is no longer any question of stopping the use of fossil fuels, as this would lead to an economic, social and political collapse, and perhaps to the end of the thermo-industrial civilization. But keeping the engine of our car running leads to transgressing more borders, so at other climatic, ecological, and human tipping points.

We are warned:
"Today we are sure of four things:
1. The physical growth of our societies will stop in the near future;
2. We altered the entire Earth system irreversibly;
3. We are moving towards a very unstable, "non-linear" (exponential) future whose major perturbations will be the norm;
4. We can now be potentially subject to global systemic collapses" (pages 129-130).

Are there warning signs of a collapse? Not really. Attempts to develop early warning signals have failed or are not consensus-building for the moment between researchers. It is suggested to adopt an attitude of "enlightened catastrophism": act as if these abrupt changes were certain, and do everything possible so that they do not happen.

Clic to enlarge
Among the mathematical models, only one model that is over 45 years old is quite robust, the model of Donella and Dennis Meadows. At MIT, the systemic computer model World3 describes the interactions between world parameters, the most important being population, industrial production, service production, food, pollution levels and non-renewable resources. The aim is to simulate the world system on the basis of the actual 1972 data. The first result in a "business as usual" scenario highlights an extremely unstable world that foresees a collapse in the 21st century. Agricultural production collapses between 2015 and 2025, and then the population declines.

The researchers modeled alternative scenarios that leaded to collapses and found that they could stabilize a sustainable world by simultaneously modifying several parameters from 1980. These parameters are:
- Stabilize the world's population;
- Stabilize (limit) industrial production;
- Reduce levels of pollution and soil erosion.
This equilibrium scenario would enable less than 8 billion people to live at a level of life close to what we know. This was published for the third time in 2004. The model updates in 1992 and 2002 confirmed the initial results and showed that nothing has been done to avoid the business as usual scenario. The worst-case scenario. The model has withstood 40 years of violent criticism and corroborated 40 years of facts.

The collapse of industrial civilization is a predicament, which is an inextricable, irreversible and complex situation for which there is no solution. But there are things to do at the local level to create the resilient conditions of subsequent life. According to Russian-American engineer Dmitry Orlov who studied the Soviet collapse, the collapse can be broken down into five stages, in order of increasing seriousness, constituting the Orlov scale: financial, economic, political, social, cultural and ecological [I]

More seriously, the systemic collapse model based on the study of the dynamics of complex systems and networks (pages 193-194) describes our civilization as a highly complex system with (1) overcoming invisible tipping points, (2) nonlinear causal relationships, (3) amplificating feedback loops. This model predicts undetected threshold exceedances with subsequent non-linear and brutal effects. In emergency situations our adaptive capacity (institutional and human resilience) is reduced and makes us less able to organize "recovery".

In this context, the major problem is nuclear risk. Given the lack of interest of the present generation in acquiring this knowledge, in front of the young graduates who leave the sector, and before the retirement of half the staff working in the nuclear power plants, how will the nuclear risk be managed in emergency situations? These large losses of skills are already likely to trigger a collapse. It should always be borne in mind that the final shutdown of a reactor requires one year of cooling and at least a decade for its dismantling with all the electricity and fuel needed to do so. Moreover, who will be able to guarantee the retention of hundreds of technicians and engineers in charge of these operations? In addition to the causes of accidents already observed at Chernobyl and Fukushima, global warming adds new instabilities such as stormy floods and lack of cooling water, and indirect effects related to migration such as terrorism and armed conflict.

In the study of the mankind's facing the collapse, one can not dismiss the examination of demography. Tackling the subject in public is absolutely taboo, because it always leads to the same question: "You want to do as in China, isn't it? ". The figure of 9 billion in 2050 is a mathematical forecast out of a theoretical model that can be stated: the population should reach 9 billion in 2050 all things being equal .

For the Meadows team at MIT, the demography of the Earth system, marked by the instability of our industrial civilization, leads to an irreversible and uncontrolled decline beginning in 2030. The human being has its imaginaries divided between the Cornucopian - the future is a continuous and unlimited progress thanks to technology and inventiveness - and Malthusian - the future comes at a time when limits are no longer able to continue a continuous population growth - which leads them to alternate these imaginaries within the course of the millennial cycles of civilizations: birth, growth, stagnation, decline, then rebirth or extinction.

According to Harald Welzer, the sociology of collapse shows how a society can slowly and imperceptibly push the boundaries of tolerable to the point of undermining its peaceful and humanist values ​​and sinking into the unacceptable. This is the case of increasingly aggressive policies towards migrants already affected by disasters. Major disasters can lead to widespread public anger towards governments and institutions in the coming years.

After a disaster that suspends normal activities and causes serious damage to a community, most people exhibit extraordinarily altruistic, calm and posed behaviors. Some even take senseless risks to help people around them. The image of a selfish and panicked human being is not at all corroborated by the facts. We are soon entering the era of mutual aid. On the other hand, in the event of an energy collapse, the individualists will be the first to die. In the event of repeated collapses (eg stock market collapse and then energy collapse) some will be obsessed with returning to the previous order, others will concentrate on the sustainability of institutions, and others will change the social order.

This transition to another society forces us to work our imagination, so to tell oneself stories to reverse these spirals of violence and pessimism. Stories that reject any cognitive dissonance and denial. Let us be the transitioners who invent their own future. Because transition initiatives free people from these feelings of incapacity so toxic and widespread in the population. The urgent need is to rebuild a solid and vibrant local social web, with a climate of trust, that is, a real "social capital" that can be used in the event of a disaster.

Why "people do not believe it", that is, the psychology of collapse is due to this tendency of people, when told the truth, to become pessimistic, resigned or just reject the message . According to Clive Hamilton in "Requiem for the Human Species" (and also Paul Jorion in "Le dernier qui s'en va éteint la lumière") we are not equipped to perceive the dangers of systemic threats or long-term threats. Our brains are too accustomed to carrying out immediate problems and have developed sensitivities to concrete and visible dangers. This is the problem of the frog and boiling water.

In the case of denial, people do not find credible scientific data or alarming media findings, because the obstacle is the impossibility of believing that the worst will happen. With data becoming more and more accurate over time, deniers continue to change the reasons for not changing their behavior.

Among those who seem convinced, there are five categories of reaction:

The blowinists ("it's blowing up") show an imaginary of the very dark, even nihilistic catastrophe, showing an anger towards society. This attitude is toxic in times of disaster for political and social organization.

Very frequently, the todowhatists ("to do what?") are those who say "fucked for fuck, let's enjoy what we have left! ". With two trends, the Rabelais-style epicurean who enjoys the pleasures of life, and "the bastard" who want to consume or sack before leaving.

Increasingly, survivalists or preppers ("to each his shit") barricade themselves, lock themselves up, bunkerize, store the necessities, inform themselves about the purification of water, wild plants. Their imaginary is Mad Max and the belief that the human being is profoundly evil.

Transitioners ("we are all in the same boat") often non-violent, collectivist, call for a transition on a large scale, because life no longer makes sense if everything collapses. Practicing openness and inclusion, they are convinced that the future lies in eco-villages, mutual aid and the transitional imaginary. They think "together we go further".

Collapsologists have a passion for the subject. Studying, sharing, writing, communicating, understanding, becomes a time-consuming activity for these "collapse geeks" whose most famous are called "collapsniks" who are often engineers and men. This cleavage is revealed when men debate figures, facts and techniques, while women approach the emotional and spiritual aspects.

How to live with, and live in good health, is to see in the necessary psychological transition a process of mourning that goes through five stages according to the model of Elisabeth Kübler-Ross, American psychologist specializing in mourning: denial, anger, fear (Bargaining), depression and acceptance. It has been observed that the moments of testimony and sharing of emotions with others allow those present to realize that they are not alone in confronting this future and in feeling these emotions, in expressing their anger towards political leaders, multinational leaders and climate-deniers, all responsible for the lateness impossible to catch up.

You can not wait for everyone to grieve before you start acting. In the politics of collapse, action is part of the "internal transition" that allows consciousness to emerge from the state of incapacity and maintains optimism. It is never too late to build small resilient systems at the local level to better deal with future economic, social and ecological shocks.

Resilient anticipatory systems include citizen cooperatives for the production of renewable energies, local food groups or new local and cooperative economic and monetary models. While allowing the coexistence of two systems, one dying the other nascent. This paradoxical policy, which is both catastrophic and optimistic, raises the problem of publicly and officially accepting the death of the old world, the populations reacting by disturbances that will precipitate what we wanted to anticipate.

Transitioners do not wait for governments, they invent the way to live collapse in a non-tragic way. Once connected to small autonomous, resilient and low tech systems, the transitioners can then "unplug" from the old system, which could carry them away in its fall. It is moving from independence to interdependence: is a mosaic of small local democracies a democratic project?

In fact, there is not even a solution to seek our predicament, there are just ways to try to adapt to our new reality. Utopia has changed sides: the utopian is the one who believes that everything can go on as before, the realist puts all his energy in building local resilience, whether territorial or human.

Collapsology is the transdisciplinary exercise of the study of the collapse of our industrial civilization, and of what could succeed it, based on the two cognitive modes of reason and intuition, and on works of recognized scientists.

At the beginning of 2015, the authors thought that the window of opportunity to avoid a global collapse was already closing.
"During his European tour 2011-2012, Dennis Meadows, more pessimistic than ever, repeated in the interviews and in an article written for the Momentum Institute:
It is too late for sustainable development, we must prepare for shocks and build small resilient systems in an emergency" (page 173).

The collapse is not the end but the beginning of our future!

____________

[I] The Soviet collapse stopped at the political stage. The social collapse is to be found in internal conflicts: civil war and "every man for himself" with a process of depopulation that is taking place. Cultural collapse occurs when faith in humanity is lost. The stage of ecological collapse is reached when the possibility of recovering a society no longer seems possible because of an exhausted environment.

mercredi 8 mars 2017

Se débarrasser du capitalisme est une question de survie. De Paul Jorion.

English translation below

Dans son nouveau livre sorti cette semaine chez Fayard, l'auteur nous décrit en sept points comment selon lui établir un véritable redressement du projet européen.

1    Trancher la dépendance à la croissance de l'État providence pour en faire une institution irréversible et intangible.
2    Casser la machine à concentrer la richesse qui fait aujourd'hui que 8 personnes disposent d'un patrimoine équivalent à la moitié la moins riche de l'humanité.
3    Promouvoir la gratuité pour l'indispensable (alimentation, santé, éducation, vêtements, logement) et distinguer le nécessaire du superflu. Tout ce qui est indispensable pour conserver la vie est une propriété commune à la société entière. Il n'y a que l'excédent qui soit une propriété individuelle.
4    Remettre en question le plan comptable traditionnel (complètement arbitraire) qui classe les salaires comme un coût pour l'entreprise. Toutes les avances en travail, en capital et en direction des affaires sont indispensables et doivent être traitées sur un pied d'égalité.
5    Taxer le travail des machines, robots ou logiciels, au même barème que les êtres humains qu'ils remplacent, sa valeur ajoutée n'étant pas comptabilisée en tant que gain de productivité. Cet impôt reflétera les gains de productivité pour l'humanité dans son ensemble et servira à financer la gratuité sur l'indispensable.
6    Restaurer l'interdiction de la spéculation, au sens de "paris sur les mouvements à la baisse ou à la hausse des titres financiers", telle qu'elle était en vigueur en Suisse jusqu'en 1860, en Belgique jusqu'en 1867 et en France jusqu'en 1885. Le risque systémique considérable créé par la spéculation serait ainsi automatiquement éliminé.
7    Faire de l'euro l'embryon d'un nouveau système monétaire international, et pour cela :
·         Mettre en place un système fiscal unique pour les 19 pays de la zone euro, avec les mêmes normes d'imposition et de redistribution ;
·         Clore l'émission de dettes souveraines et mutualiser la dette, pour éliminer les primes de risque de crédit et de convertibilité ;
·         Transformer le système européen Target 2 de paiement interbancaire en un authentique système de règlement, incluant un rééquilibrage annuel entre nations à l'instar de l'Interdistrict Settlement Account (ISA) américain ;
·         Aider les économies nationales à équilibrer leurs échanges pour qu'elles ne soient ni importateur net, ni exportateur net ;
·         Interdire le mouvement des capitaux spéculatifs à l'intérieur de la zone euro et à ses frontières. 

C'est ainsi que Paul Jorion voit la manière de réformer l'Europe en se débarrassant du capitalisme, ce qui est pour l'humanité une question de survie.

Getting rid of capitalism is a matter of survival. By Paul Jorion.

In his new french book released this week at Fayard, Paris, the author describes in seven points how to set, in his opinion, a real recovery of the European project.

  1. Slashing the dependency on the growth of the welfare state to make it an irreversible and intangible institution.
  2. Breaking the machine which concentrate the wealth that makes today that 8 people have their assets equivalent to the half richest of mankind.
  3. Promote free access to essential services (food, health, education, clothing, housing) and distinguish the necessary from the superfluous. What is essential for the preservation of life is a property common to the whole of society. Only overage is an individual property.
  4. Challenging the traditional (completely arbitrary) chart of accounts that classifies wages as a cost to the company. All advances in labor, capital and business are essential and must be treated on an equal footing.
  5. Taxing the work of machines, robots or software, to the same level as the human beings they replace, their added value not being counted as productivity gain. This tax will reflect productivity gains for mankind as a whole and will be used to finance the free of charge on the access to essential services.
  6. Restore the ban on speculation, in the sense of "betting on downward or upward movements of financial securities", as it was in force in Switzerland until 1860, in Belgium until 1867 and France until 1885. The considerable systemic risk created by speculation would thus be automatically eliminated.
  7. To make the euro the embryo of a new international monetary system, and for this:


  • Establish a single tax system for the 19 euro zone countries, with the same standards for taxation and redistribution;
  • Close the issuance of sovereign debt and pool the debt, to eliminate credit risk premiums and convertibility;
  • Transforming the European Target 2 interbank payment system into a genuine settlement system, including an annual rebalancing between nations like the American Interdistrict Settlement Account (ISA);
  • Assist national economies to balance their trade so that they are neither net importer nor net exporter;
  • Prohibiting the movement of speculative capital within the euro zone and at its borders.

In this way, Paul Jorion sees the way to reform Europe by breaking away from capitalism, which is for mankind a matter of survival.